Disparition de Mikis Theodorakis   

2 Septembre 2021

 

 

Mikis Theodorakis (1925 - 2021)

C'est avec une grande tristesse que nous avons appris la disparition du compositeur grec, Mikis Théodorakis. Pour beaucoup, son nom sera associé à la musique du film de Cacoyannis, “Zorba le Grec” avec une danse inventée pour l'occasion, le “sirtaki” qui est devenue comme une carte postale touristique de la Grèce, son pays, pour lequel il s'est battu dans la Résistance puis face à la dictature des Colonels.

Dans son ouvrage "Ces musiciens qui ont fait l'histoire" (Editions Tallandier, 2019), Laure Dautriche dresse le portrait de Mikis Théodorakis parmi 13 compositeurs de Bach à Adams, sous le titre : “Vaincre la dictature des colonels”.

Pour l'AAJS, le nom de Théodorakis restera à jamais associé à la musique du film “Z” le premier des trois films de Costa-Gavras dont Jorge Semprun a participé à l'écriture du scénario. Mais Théodorakis n'a pas été uniquement qu'un compositeur de musiques de films.

Pensons en particulier au Canto General, d'après Neruda, ainsi qu'à la Ballade de Mauthausen, d'après Kambanellis sans oublier ses opéras, ses oratorios, ses musiques symphoniques.

L'Association des Amis de Jorge Semprun adresse toutes ses sincères condoléances aux proches et amis de Mikis Theodorakis dont la musique sera toujours vivante.

Laurent Bonsang, Président de l'AAJS

Mikis Theodorakis, le compositeur et symbole à la résistance de la dictature des colonels en Grèce, est mort

Opposant historique au régime militaire en Grèce à la fin des années 1960, le compositeur de la bande originale du film « Zorba le Grec » avait ensuite été député puis ministre de gauche. Il est mort le 2 septembre, à l’âge de 96 ans.

Un des plus célèbres compositeurs grecs vient de disparaître.

Un de ses personnages publics les plus notoires également, pour qui l’engagement politique était indissociable de l’engagement artistique. Compositeur de la bande originale du film Zorba le Grec (réalisé par Michael Cacoyannis, sorti en 1964) qui a rendu populaire la danse du sirtaki (inventée pour les besoins du film), Mikis Theodorakis, symbole de la résistance contre la dictature, figure emblématique de la vie politique grecque, laisse derrière lui une œuvre dense et le souvenir d’un homme debout, engagé à gauche, révolté et résistant jusqu’au bout de ses forces.

Il est mort jeudi 2 septembre à Athènes, à l’âge de 96 ans, a-t-on appris de source hospitalière, confirmée par plusieurs médias grecs. Mikis Theodorakis naît le 29 juillet 1925 sur l’île de Chios, proche de la Turquie. Il se disait passionné de musique depuis l’enfance. A 12 ans, il couche déjà sur le papier ses premières compositions et donne son premier concert à 17 ans.

Lors de l’occupation de la Grèce pendant la seconde guerre mondiale par les troupes allemandes, italiennes et bulgares, il suit en cachette des cours au conservatoire d’Athènes, milite dans la résistance, est à deux reprises arrêté et subit la torture. Pendant la guerre civile qui déchire la Grèce après la Libération, pugnace militant communiste, il connaît à nouveau arrestations et torture.

Un an après la fin du chaos, en 1950, il est diplômé du conservatoire où est créée son œuvre Assi Gonia. Il part en Crète et fonde son premier orchestre.

Plus tard, lauréat d’une bourse, il gagne la France où il va suivre les cours d’Eugène Bigot et d’Olivier Messiaen, au conservatoire de Paris. Au fil de ses compositions (musique symphonique, musique de chambre, cantates et oratorios, musiques de ballet…), il devient un compositeur classique apprécié. Musique classique et musique populaire « Au moment où il réussit à entrer dans le cercle des jeunes compositeurs internationalement reconnus, il découvre la musique populaire grecque », écrit son biographe Guy Wagner, auteur de Mikis Théodorakis : une vie pour la Grèce (Editions Phi, Luxembourg, 2000).

« Ce que j’admire chez lui, c’est qu’il était parti pour faire une carrière dans la musique classique, mais quand il a commencé à jouer ses œuvres devant des bourgeois, il s’est dit “Je ne veux pas faire de la musique pour ces gens-là”, et il s’est mis à composer des chansons », commente pour Le Monde, la chanteuse grecque Angélique Ionatos, une des interprètes, avec la contralto Maria Farantouri, les plus fidèles et talentueuses de Theodorakis.

Sur les paroles de son frère Yannis, Mikis Theodorakis compose Lipotaktes (« Le Déserteur ») et, sur le cycle de poèmes de Yannis Ritsos, Epitaphios. Suivent d’autres créations magnifiant les textes et la poésie d’auteurs grecs des XIXe et XXe siècles. Après l’assassinat, en 1963, du député de l’EDA (Gauche démocratique unifiée) Grigoris Lambrakis (raconté dans le film Z, en1969, réalisé par Costa-Gavras, dont Theodorakis composera la musique), il fonde la Jeunesse démocratique Lambrakis, qui deviendra alors la plus forte organisation politique du pays.

Le grand public, hors de Grèce, découvre le compositeur à travers sa musique écrite pour Zorba le Grec, qui sort en 1964. Elle restera l’une de ses œuvres les plus célèbres, avec le Canto General (Pablo Neruda), et Axion Esti, un oratorio composé en 1960 sur les poèmes d’Odysseas Elytis (Prix Nobel en 1979). « Il en a fait un oratorio populaire, et on entendait des maçons le chanter en travaillant », raconte Angélique Ionatos.

Exilé à Paris Arrêté et déporté pendant la dictature des colonels (1967-1974), il est exilé à Paris en 1970, grâce à la pression internationale et les campagnes de solidarité impliquant diverses personnalités (Dmitri Chostakovitch, Leonard Bernstein, Arthur Miller, Harry Belafonte, Jean-Jacques Servan-Schreiber…). Depuis Paris, il mène combat contre les colonels, en créant le Conseil national de la résistance (EAS).

Il rencontre le poète chilien Pablo Neruda, à qui il propose de mettre en musique son Canto General, un poème épique en quinze chants, publié à Mexico, en 1950. Il fait une tournée mondiale pour appeler à la restauration de la démocratie en Grèce. De retour chez lui, après la chute de la dictature, il dirige pour la première fois à Athènes, en 1975, le Canto General, un oratorio dont il terminera la composition en 1980.

Battu aux élections municipales d’Athènes, où il se présentait sous l’étiquette du KKE, le Parti communiste grec, il est élu député en 1981, un mandat qu’il conservera jusqu’en 1986, avant de se remettre à la composition, dont celle de son opéra Medea, créé en octobre 1991 à Bilbao, en Espagne.

Après les élections d’avril 1990, nommé ministre d’Etat sans portefeuille dans le gouvernement de Konstantinos Mitsotakis, il s’engage avec le musicien et chanteur turc Zülfü Livaneli, pour une réconciliation entre les Grecs et les Turcs. En 1992, il quitte le gouvernement, il compose le Canto Olympico pour les Jeux olympiques de Barcelone, prend la direction des chœurs et orchestres symphoniques de la radio-télévision nationale grecque. Il se retranche un temps de la vie publique. Mikis Theodorakis, en octobre 1989 à Athènes.

En 2010, à 85 ans, il retrouve le goût de la résistance et lance un nouveau mouvement politique, Spitha (« L’Etincelle »). L’année suivante, ses propos sur « les juifs américains », responsables selon lui « de la crise économique mondiale qui a aussi touché la Grèce », feront polémique. Theodorakis participe en 2012 aux manifestations contre les mesures d’austérité imposées par le FMI et l’Union européenne. « Il est le dernier lion qu’il nous reste. Il continue à lutter, à parler », commentera plus tard la chanteuse Angélique Ionatos à propos de celui qu’elle considérait comme son « père en musique ».

Le 4 février 2018, au cours d’un immense rassemblement à Athènes, il appelait à un référendum sur la question du nom de la voisine Macédoine. Cloué sur un fauteuil roulant, dans un discours virulent, il martelait son opposition à la signature d’un compromis entre les autorités grecques et l’ancienne République yougoslave. Il a perdu son ultime combat.

Le 25 janvier 2019, le Parlement d’Athènes votait ce compromis consacrant le nom officiel de République de Macédoine du Nord.

Mikis Theodorakis en quelques dates

29 juillet 1925 Naissance sur l’île de Chios (Grèce)

1947 Première déportation, à l’île d’Ikaria

1960 « Axion Esti », oratorio

1964 Bande originale de « Zorba le Grec »

1970 Exil à Paris

1975 Première, à Athènes, du « Canto General »

1991 Création de son opéra « Medea », à Bilbao (Espagne)

2010 Crée le mouvement des citoyens indépendants : Spitha (« L’Etincelle »)

2 septembre 2021 Mort à Athènes


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