DISPARITION
Hommage à Ruth Klüger, écrivaine et rescapée de la Shoah
1931 - 2020

Lundi 21 Septembre 2020

L'Association des Amis de Jorge Semprun rend hommage à Michael Lonsdale

C'est avec une grande tristesse que nous venons d'apprendre la disparition le 6 octobre de Ruth Klüger.

Née à Vienne en octobre 1931, Ruth Klüger a été déportée à Theresienstadt, Auschwitz puis Gross Rosen. Après guerre elle s'installe aux Etats-Unis et devient Professeure à l'Université de Princeton ainsi qu'à celle de Göttingen en Allemagne.

Parmi son œuvre, Ruth Klüger est surtout connue pour son ouvrage autobiographique Weiter leben. Eine Jugend (Göttingen 1992) paru dans sa traduction française en 1997 sous le titre Refus de témoigner, une jeunesse (éd. Viviane Hamy).

Dans sa préface de 1997 pour le recueil de poèmes de Primo Levi traduits en français sous le titre A une heure incertaine (Gallimard), quelques mois avant la parution en français de Refus de témoigner, une jeunesse, Jorge Semprun écrivait : « Cinq ans après le suicide de Primo Levi, en 1992, dans un livre remarquable – pas encore traduit en français, hélas ! à l’heure où j’écris cette préface - Weiter leben. Eine Jugend (Survivre, une jeunesse), Ruth Klüger revient sur l’importance de la poésie dans les circonstances de la déportation.

« Beaucoup de déportés, écrit-elle, ont trouvé consolation dans les vers qu’ils savaient par cœur. » Et elle ajoute une notation subtile à cette constatation.

Ruth Klüger affirme, en effet, que ce n’est pas seulement, ni même principalement, le contenu – religieux ou patriotique ou éthique – des vers évoqués qui est en cause. Ni non plus le fait que les vers récités par cœur puissent se rapporter aux souvenirs prégnants de l’enfance. « En premier lieu, écrit-elle, c’est la forme elle-même, le langage maîtrisé de la poésie, qui nous donne appui et courage. » L’ordre et la clarté, en somme, que la récitation poétique introduisait dans le chaos obscur et absurde du Lager

Dans le court chapitre de son livre où elle évoque les vers récités par cœur dans les camps, le soutien moral qu’ils lui auront fourni, Ruth Klüger, après avoir contesté l’opinion d’Adorno sur l’impossibilité de toute poésie après Auschwitz, s’en prend aussi, sur le mode plutôt ironique, à l’obscurité de Paul Celan. « On peut brocarder Dieu et Goethe, dit-elle, mais l’auteur de la Todesfuge est intouchable. Et pas précisément parce qu’il est si grand poète, car Goethe l’était aussi. »

"Refus de témoigner, une jeunesse" a reçu en 1998 le prix Mémoire de la Shoah qui avait été remis à Ruth Klüger par… Jorge Semprun.

L’Association des Amis de Jorge Semprun tient à présenter toutes ses condoléances aux proches de Ruth Klüger dont les ouvrages et le témoignage resteront gravés dans notre mémoire, mémoire qu’il nous appartient de transmettre.

Laurent Bonsang,

Président de l’Association des Amis de Jorge Semprun

L'Obs 




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