Des traces du passage de Jorge Semprun en Côte-d’Or, pendant la Résistance, sont — aujourd’hui encore — remémorées...

Témoin de la grande Histoire du XX e siècle et de la Seconde Guerre mondiale en particulier, Jorge Semprun s’est éteint mardi soir à Paris. Il avait 87 ans. Son œuvre littéraire et cinématographique trouve ses origines dans un parcours héroïque et atypique. Un parcours qui a partiellement emprunté les routes de haute Côte-d’Or.

Interview de Jorge semprun en 1997 où il explique notamment son parcours dans le parti communiste en résistance à Franco et où il évoque la fin de Buchenwald...

Quelques mois après avoir débuté des études de philosophie à la Sorbonne, ce natif de Madrid vit le début de la Seconde Guerre à Paris et s’engage dans la Résistance. C’est durant cette période, marquée par le poids de la débâcle, puis par l’occupation allemande, que Jorge Semprun, dans la clandestinité, va battre le pavé des routes de Bourgogne. Que ce soit à travers son vécu ou dans ses écrits, l’ancien déporté a tissé un lien avec cette région. Par l’intermédiaire du Mouvement de la main-d’œuvre immigré, Jorge Semprun intègre, dès 1942, le réseau Jean-Marie Buckmaster, autrement appelé “réseau action”. Ce mouvement est en lien avec une section britannique de soutien à la Résistance française.





Mission de vérification

Jorge Semprun participera à des opérations de parachutage de fusils et autres munitions en Bourgogne en 1943. Des largages à destination de plusieurs maquis comme le maquis Tabou, situé à Pothières dans le Châtillonnais.

L’un des créateurs de ce maquis se souvient : « Jorge Semprun est venu nous rendre visite à Pothières, là où notre maquis était localisé, dans une exploitation forestière », explique Robert Raillard. Cet octogénaire habitant Châtillon-sur-Seine rapporte que le résistant espagnol était de passage dans le cadre de missions de soutien des maquis. Son détour par Pothières remonte au mois d’août 1943. Après le second parachutage de Côte-d’Or au mois de juillet de la même année – le premier ayant eu lieu à Saint-Philibert, près de Nuits-Saint-Georges – le résistant espagnol opère sur le terrain afin de savoir si les munitions arrivent à bon port. Également résistant dans le Châtillonnais, André Blondeau, 91 ans, a baptisé le maquis en lui donnant le nom de Tabou. Ce dernier a ensuite pris la direction du maquis Valentin-Balzac, localisé à la ferme de Sainte-Marie, près de Vanvey. « Je n’ai pas eu l’occasion de croiser Jorge Semprun à cette époque. Mais, avec le temps, nous n’avons jamais oublié qu’un maquisard originaire d’Espagne avait été présent parmi les résistants côte-d’oriens. »

Après avoir quitté Pothières, Jorge Semprun rejoint l’Yonne. Arrêté à Joigny en septembre 1943 par les Allemands, quelques semaines après son détour par le Châtillonnais, l’auteur espagnol est retenu dans un premier temps à la prison d’Auxerre. Puis, comme de nombreux maquisards de haute Côte-d’Or, il sera déporté au camp de concentration de Buchenwald.



Entretien avec Vincent Boissenet (première partie)

Jorge Semprun a profondément marqué ce siècle, tant par ses écrits, ses romans et scénarios de films tels l’Aveu ou Z de Costa-Gavras que par sa vie : enfant de la guerre civile d’Espagne, exilé, résistant, déporté, rescapé de Buchenwald, dirigeant d’un Parti Communiste Espagnol interdit, dont il est exclu, puis Ministre de la Culture dans un des gouvernements de Felipe Gonzalez, il a clot et ouvert en notre compagnie deux siècles majeurs adossés l'un à l'autre. Auteur d'une œuvre limpide et prolifique, il a contribué à faire reculer au cours de sa vie les fanatismes, les totalitarismes, en décrivant les passions destructrices et la folie meutrière des hommes, les camps de concentration, l'émergence des fascismes, exploré les pires aspects de la psyche humaine pour toujours nous ramener du côté de la lumière, de la raison, de l'amour et du goût des autres.



Entretien avec Vincent Boissenet (seconde partie)

Infatigable européen, il s'est constamment battu pour faire aboutir une idée meilleure de l'homme. Tant par ses écrits que par ses films, en espagnol, en français, ou en allemand qui feront date au fil des années, et contriburont à faire bouger les lignes et avancer l’idée européenne. Il nous laisse une œuvre monumentale, échaffaudée par touches progressives comme une promesse sans cesse renouvelée au cours du temps.


Entretien avec Vincent Boissenet (troisième partie)

L’Association n’aura pas que pour objectif de perpétuer la mémoire de Jorge Semprun mais aussi être un lieu de rencontre, de discussion, de débats, de conférences et colloques, de recherche sur l’homme, Jorge Semprun et sur ses engagements, ses combats.


Entretien avec Vincent Boissenet (quatrième partie)


Association des Amis de Jorge Semprun

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