Pourquoi Juan Carlos d'Espagne fut un roi modèle
Avec Atlantico Rédaction

15 août 2019



Tout l'été, Atlantico publie les bonnes feuilles de livres remarquables. Aujourd'hui, Juan Carlos d'Espagne, par Laurence Debray, publié aux Editions Perrin.


"Juan Carlos Ier fut une icône vivante car il accomplit parfaite ment la mission pour laquelle il fut élevé : rétablir durablement la monarchie en Espagne et réconcilier les Espagnols déchirés et hantés par la guerre civile. Le roi a su capter sur lui la lumière. Mais les ombres demeurent. Derrière ce succès politique se cachent des drames personnels terribles : livré enfant à l’ennemi, ballotté entre deux figures paternelles impitoyables, indirectement responsable de la mort accidentelle de son frère, marionnette de Franco, usurpateur de son père... Sa prouesse pour le pays eut un coût humain incommensurable. Mais un souverain n’a pas droit aux états d’âme.
 
Juan Carlos est longtemps resté une « personne en projet ». À la mort de Franco, son tuteur, il se révélera, à la surprise de tous, la « personne d’un projet ». Au cours de sa vie, il sut guider son peuple dans toutes les phases de son histoire. En tant que moteur ou en tant qu’accompagnateur ?
 
Je n’ai pas la prétention de livrer une biographie définitive de ce personnage public. Encore moins de saisir le mystère de l’homme, qui demeure, quoi qu’on en dise. J’ai tenté d’esquisser les vérités et les dynamiques d’une vie hors du commun, sans trahir notre héros. Cet exercice n’a pas été aisé car les enjeux sont encore contemporains, et les principaux acteurs, tenus par une autocensure protectrice de leur souverain, rechignent à expliquer. Mon approche s’est nourrie d’archives et de témoignages inédits.
 
Ce livre a été possible grâce aux interviews de témoins glanées à Madrid et à Paris. Jorge Semprun m’a ouvert son réseau d’amis espagnols, dont le très regretté Javier Pradera ; Alfonso Guerra m’a aussi efficacement guidée.



Des personnalités françaises de renom, dont entre autres Stéphane Bern, Hubert Védrine et Alexandre Adler, ont enrichi ma réflexion. Grâce à eux et aux archives diplomatiques françaises et britanniques, j’ai pu construire des clés de compréhension qui m’ont permis de cerner la conquête du pouvoir de Juan Carlos.

Juan Carlos m’a maintes fois répété : « Je n’aime pas le pouvoir. » Curieux pour un chef d’État. Correspondait-il au personnage que je m’étais façonné au gré de mes recherches ? Lors de deux après-midi d’hiver, en février 2014, quatre mois avant l’abdication, nous avons discuté de son parcours et de sa famille pour un film documentaire Moi, Juan Carlos, roi d’Espagne. Dans l’intimité de son bureau de la Zarzuela, au milieu de ses souvenirs. Des maquettes de bateau en argent et des photos de famille jalonnaient les omniprésentes bibliothèques de bois sombre. La lumière des jardins réussissait à égayer les lieux, qui n’ont ni le chic des palaces, ni l’allure des hôtels particuliers. Aucun élément high-tech ne venait perturber l’harmonie de la pièce, jonchée de livres, journaux et autres dossiers. Près de son bureau, Juan Carlos avait placé la photo d’Adolfo Suárez et un portrait de Torcuato Fernández-Miranda. Les deux hommes avec qui il a le plus œuvré politiquement pour l’Espagne. Le roi est donc un homme reconnaissant, à l’opposé de l’ingratitude supposée inhérente au pouvoir suprême."

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