Lycée Henri IV - 22 Novembre 2016
Jorge Semprún et la Scène


Il est plus que jamais nécessaire de comprendre et de transmettre le message porté par Jorge Semprun, qui s’avère urgent et absolument moderne.



Jorge Semprun parlait magnifiquement de l’Europe. Dans un entretien avec Olivier Guez, il raconte son expérience de la montée du nazisme et l’entrée des lycéens de l’époque en résistance en 1940. Il parle des livres qui traduisent le mieux selon lui cette période et des tiraillements nombreux que le continent a connu. Etrange parallèle entre notre époque et la sienne qui viennent assez étonnamment se téléscoper. Or, c’était l’occasion d’une soirée semprunienne passionnante, au Lycée Henri IV, dont notre célèbre écrivain avait été l’un des élèves, comme chacun des pensionnaires qui arpentent aujourd’hui les allées prestigieuses, sans toujours se représenter, et c’est tant mieux, la tragédie qui a pu s’y nouer.

Laurent Bonsang et Pascal Reverte

Pascal Reverte

Pascal Reverte

Anthony

Mais le temps est à l’amoncellement de nuages noirs au dessus de nos têtes. Souhaitant raviver l’esprit et la lettre de l’auteur, l’Association des Amis de Jorge Semprun organisait une rencontre consacrée aux variations scéniques autour de d’une œuvre dont la lecture, qui de par son rapport inattendu, parfois insoupçonné, avec la situation actuelle en Europe et dans le monde, se révèle indispensable. Le public — c’est dommage — était clairsemé, mais un enregistrement des propos tenus a, heureusement, été réalisé afin que le plus grand nombre puisse accéder et profiter de la qualité des réflexions menées. Nous en reproduisons l’essentiel ici. Mme Prieur nous recevait, notamment, pour une analyse du rapport du théâtre à la mémoire, et pour une relecture exigeante, mais révélatrice, de ces textes.



Robert Bensimon, Comédien, Directeur du Théâtre de l'Impossible et du Festival Pierres Vivantes pour le Théâtre en Bourgogne et Pascal Reverte de la Compagnie le tour du Cadran, directeur de La Manekine, scène intermédiaire régionale (Oise) étaient présents pour nous transmettre leur vision de l’œuvre de Semprun à travers un travail scénique remarquable pour l’un et l’autre. Corinne et Anthony, leurs comédiens, les accompagnaient afin de nous permettre d’entendre, directement prononcés, les mots de Semprun...

Pascal Reverte

Anthony

Après une introduction de Laurent Bonsang et de Madame Prieur, Pascal Reverte entamait les débats en racontant comment et surtout pourquoi il avait adapté « Le Grand Voyage » et ce qu’il signifiait pour lui même, confronté il y a quelques années à une expérience de mort imminente et à un séjour dans une salle de réanimation. Une situation extrême dont il a réussi à dépasser le sentiment d’effroi qu’elle lui inspirait et en le sublimant dans une nouvelle pièce, tout aussi géniale que son adaptation, qu’il a intitulée « I Feel Good ».



Une plongée hypnotique dans les méandres d’une résurrection, salvatrice au final pour tous. Le directeur de la Manekine décrivait de sa voix chaude et sonore, unique, les rapports subtils de sa création avec ses accents sempruniens, la signification de chaque chose. Une évocation ponctuée par les interventions d’Anthony, lisant des extraits du Grand Voyage. Pascal Reverte comprend bien une essence semprunienne qu’il nous livre avec sincérité et fidélité.


Pascal Reverte

Anthony

Robert Bensimon disait, ensuite, l'émotion ressentie lors de sa rencontre avec Jorge Semprun dans un théâtre où ils étaient tous les deux venus applaudir Jean-Louis Barrault. Une rencontre intense dont il demeure auréolé et heureux des années plus tard. Il nous parle du texte qu’il a alors imaginé, « La Rencontre » qui retrace cet instant et des évolutions de sa perception de la situation française et européenne. Une prise de conscience à laquelle il nous invitait avec un mélange formidable à la fois de sensibilité et de détermination auquel venait s’ajouter les évocations de Corinne.


Robert Bensimon

Corinne



Deux intervenants permettant de mieux comprendre la gravité de ce qui nous touche actuellement dans le monde et la nécessité de mieux le décrypter.

Robert Bensimon

Pascal Reverte




Pascal Reverte

Pascal Reverte

On était effarés des parallèles qui s’esquissaient et de la proximité de l’œuvre de Semprun qui a aujourd’hui totalement recouvé toute sa modernité, si jamais il était possible d’imaginer qu’elle l’ait un jour perdue… Cimentant une génération grâce aux films emblématiques « Z » et « L’Aveu » de Costa Gavras, auxquels Laurent Bonsang ajoutait « Section Spéciale », Semprun ne cesse de lier l’inhumanité insupportable des situations à l’humanité profonde des personnages qu’il décrit. Il dynamite la logique autoritaire, totalitaire même, pour nous livrer des clefs d’explication précieuses qui peuvent nous aider à mieux affronter le réel et à le mener vers de meilleurs jours. Combattant Franco, jusqu’à devenir un jour ministre espagnol de la culture dans le gouvernement socialiste de Felipe González, il nous prémunit des abus actuels des Poutine, des Assad, des Erdogan, des Orban, des Trump, des Kaczyński en livrant les chemins par lesquels les dictatures, ou les systèmes autocratiques de son temps sont peu à peu tombées, soit en désuétude, soit ont été victimes de la force des idées et du peuple quand il ne se laisse plus faire.

Robert Bensimon


Semprun reprend, à travers la lecture qui est faite de son œuvre, toute sa force, toute la puissance d’un grand écrivain, champion de la liberté et du combat des forces démocratiques autour de la mémoire, la marque d’une volonté éclatante d’éclairer le présent pour mieux le rendre supportable. Celle de lui restituer en intégralité l’humanité, que le monde actuel cherche à amoindrir.

Pascal Reverte

Laurent Bonsang

Laurent Bonsang


Lycée Henri IV

22 novembre 2016


Association des Amis de Jorge Semprun

14 Rue Carpeaux •  75018 • ParisFrance